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Équilibres Alimentaires Scolie 5 Réserves Alimentaires Européennes

Analyse des réserves alimentaires, SAU et autonomie calorique

L’analyse des réserves alimentaires par la seule logique des stocks est insuffisante. Du point de vue systémique, la véritable question est :

une nation peut-elle nourrir sa population durablement à partir de sa propre Surface Agricole Utile (SAU) ?

Cela conduit à une approche en termes :

* de SAU disponible par habitant ; * de rendement calorique ; * de structure alimentaire ; * de dépendance énergétique et protéique.

1. Définition : autonomie calorique

Une nation est théoriquement autonome sur le plan calorique si :

<latex> \text{Production calorique agricole annuelle} \geq \text{Besoins caloriques annuels de la population} </latex>

avec :

<latex> Production\ calorique\ annuelle \geq Population \times Besoin\ calorique\ journalier \times 365 </latex>

En première approximation :

* besoin moyen :

  • 2 300 à 2 700 kcal/jour/personne ;

* soit environ :

  • 0,9 million kcal/an/personne.

2. SAU par habitant en Europe

La SAU par habitant constitue un indicateur fondamental.

Ordres de grandeur approximatifs
Pays SAU/habitant
France ~0,42 ha
Allemagne ~0,20 ha
Royaume-Uni ~0,24 ha
Italie ~0,11 ha
Pays-Bas ~0,06 ha
Finlande ~0,40 ha
Pologne ~0,37 ha

3. Seuil théorique minimal de SAU alimentaire

Les estimations agronomiques donnent approximativement :

Régime alimentaire SAU nécessaire/personne
Végétal sobre 0,08–0,15 ha
Européen mixte modéré 0,20–0,35 ha
Très carné occidental 0,40–0,70 ha

Le facteur déterminant est principalement :

la conversion animale

Produire :

* 1 kcal animale nécessite souvent :

  • 3 à 10 kcal végétales.

4. Cas de la France

Atouts structurels

La France :

* possède l’une des plus fortes SAU d’Europe ; * est exportatrice nette de céréales ; * dispose :

  • de plaines céréalières vastes,
  • d’eau relativement abondante,
  • d’une diversité climatique.

= Théoriquement =

La France pourrait probablement :

* nourrir sa population en calories, * même avec une agriculture moins intensive,

à condition :

* de réduire fortement :

  • les productions animales intensives,
  • les agrocarburants,
  • certaines cultures d’exportation.

5. Mais : autonomie calorique ≠ autonomie alimentaire complète

Une nation peut être autonome :

* en calories,

mais dépendante :

* en protéines ; * en lipides ; * en engrais ; * en énergie ; * en alimentation animale.

6. Le verrou principal : les protéines animales

L’Europe est très dépendante :

* du soja importé :

  • Brésil,
  • Argentine,
  • États-Unis.

Cette dépendance concerne :

* l’élevage bovin ; * porcin ; * avicole.

Sans soja importé :

* les cheptels européens devraient fortement diminuer.

7. Rendement calorique des systèmes agricoles

Agriculture intensive

Très productive :

* grâce :

  • aux engrais azotés ;
  • à la mécanisation ;
  • aux pesticides ;
  • au pétrole/gaz.

Mais :

* forte dépendance énergétique.

Agriculture biologique

La question devient :

la baisse de rendement est-elle compensable par :

* une baisse des productions animales ? * une réduction du gaspillage ? * une alimentation plus végétale ?

Beaucoup d’études concluent que :

= oui, partiellement =

mais sous conditions :

* changement alimentaire important ; * réduction de la consommation carnée ; * réorganisation agricole.

8. Les pays européens les plus fragiles

Pays-Bas

Très productifs :

* mais extrêmement dépendants :

  • des importations ;
  • des intrants ;
  • des flux logistiques.

Leur autonomie physique réelle est plus faible que leur puissance exportatrice apparente.

Royaume-Uni

Vulnérabilités :

* forte dépendance importatrice ; * faible résilience logistique ; * densité démographique élevée.

Italie

Contraintes :

* faible SAU/habitant ; * stress hydrique croissant ; * dépendance céréalière partielle.

9. Finlande : cas particulier

La Finlande :

* possède une SAU/habitant élevée ; * une faible densité ; * des réserves stratégiques importantes.

Mais :

* climat difficile ; * saison courte ; * dépendance énergétique.

10. L’Europe globalement

L’Union européenne reste globalement :

* autosuffisante en calories ; * grande puissance agricole mondiale.

Mais cette autonomie est :

* indirectement dépendante :

  • du gaz ;
  • du pétrole ;
  • des phosphates ;
  • du soja ;
  • du commerce mondial.

11. Lecture systémique : « autonomie apparente » vs « autonomie réelle »

Il faut distinguer :

Niveau Question
Autonomie calorique brute assez de calories ?
Autonomie protéique assez de protéines ?
Autonomie énergétique agriculture sans pétrole/gaz ?
Résilience climatique sécheresse ?
Résilience logistique transport/distribution ?
Résilience sociale acceptabilité des changements alimentaires ?

12. Point fondamental : l’alimentation animale utilise énormément de SAU

En Europe :

* une très grande partie des terres agricoles :

  • nourrit les animaux,
  • non directement les humains.

Cela implique :

<latex> SAU_{humaine\ directe} \ll SAU_{totale} </latex>

Donc :

une réduction de l’élevage augmente fortement l’autonomie calorique humaine

13. Estimation simplifiée pour la France

Ordres de grandeur :

Élément Valeur
Population ~68 millions
SAU ~27 millions ha
SAU/habitant ~0,40 ha
Seuil d’autonomie végétalisée ~0,15–0,20 ha
Seuil régime occidental carné ~0,40–0,60 ha

Conclusion :

la France semble théoriquement capable :

* d’autonomie calorique ; * probablement d’autonomie alimentaire large ;

mais :

* difficilement avec le régime occidental actuel très carné et dépendant du soja.

14. Vision prospective

En cas de crise longue :

* les premières adaptations seraient probablement :

  • baisse de la viande ;
  • priorité céréales/légumineuses ;
  • réduction des agrocarburants ;
  • réorientation des cultures.

15. Lecture systémique/topologique

Du point de vue des « équilibres alimentaires » :

la SAU n’est pas seulement :

* une surface physique,

mais :

* un espace de contraintes couplées :

<latex> (SAU, énergie, eau, climat, protéines, démographie, logistique) </latex>

Chaque pays européen occupe donc une position différente dans cet espace multidimensionnel :

* certains très productifs mais fragiles ; * d’autres moins productifs mais plus résilients.

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